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Collins et Nelva
Fort Collins
Année de fondation : 83 AA
Fondateurs : Antoine et William Collins
Signification du nom : du nom des fondateurs
Couleurs : bleu et olive
Industrie principale : ébénisterie, chasse
Ateliers : Harpe et Ébénisterie
Weyr suzerain : Nelva
Seigneur régnant actuel : Medrean
Température moyenne : été - 33 - hiver - 28 -
Voir les effectifs du Fort
Antoine et William Collins, fils jumeaux non-identiques d'Adelaïde et Andrew Collins, ont fondé leur propre fort, avec l'accord du Conseil, en 80. Quelques dizaines de compagnons de la même génération les aidèrent à la fondation. Puis des jeunes familles aventureuses rejoignirent le nouveau fort et l'exode commença. De nombreuses personnes commençaient à trouver que Baie Éternité était trop populeuses. Le Fort des Collins reçut ses titres officiels en 83 avec une population de 600 dont 47 enfants. Le Fort se développa et devint une référence en ébénisterie et en musique. Il abrite depuis l'an 641 les ateliers d'ébénisterie et de la harpe.
En 1212, Fort Collins compte une population de plus de 10 000 habitants. La famille régnante est toujours du sang Collins, il s'agit plus précisément des descendants d'Antoine. Son économie est basée sur la sylviculture et de nombreux fruits tropicaux. La chasse est le sport favori des hommes et les coureurs sont un des biens les plus précieux puisque c'est le principal moyen de transport de la région. Les relations avec le Weyr de Nelva sont très amicales.
Au premier mois de 1213, une éruption volcanique force l'évacuation de Fort Collins et entraîne sa destruction totale. De nombreux Collinois trouvent refuge au Weyr de Nelva ou dans des Forts et Fortins voisins. Qui sait ce que l'avenir réserve aux descendents des Collins?
Le Fort était géré par Medrean, fils de Taliesin, et par sa femme, Dame Miryam. Ils ont eu une fille ensemble, Medea.
Fragments des archives de Fort Collins
Je, soussigné, Simon Collins, accepte les risques inhérents à la traversée d'une durée de 15 ans en animation suspendue. En cas de décès, j'accepte de léguer tous mes biens en premier lieu à ma famille, en second lieu à la colonie. En tant que botaniste, je suis conscient qu'à l'arrivée, je ne serai pas en tête dans l'ordre de priorité de réanimation.
An 78 après l'arrivée des colons. Mon frère et moi avons quitté le site de Baie Éternité très tôt ce matin, avant que notre père puisse nous interdire la sortie. Cette expédition, nous la préparons depuis deux mois. Notre père gère merveilleusement bien son commerce, mais comme tous ceux de sa génération, il est resté marqué par les Fils. Il ne peut pas comprendre notre soif de découverte, sans abri aucun, ni protection. Les Fils sont terribles, certes, mais ils ne sont plus là pour terroriser les colons! William et moi ne voulons plus rester confinés à Baie Éternité. Nous voulons mettre nos noms sur la carte du continent sud! L'an prochain, nous aurons nos 21 ans, nous serons majeurs et nous pourrons donc nous établir officiellement! Mais d'ici là, nous devons trouver un petit coin de paradis.
À midi, nous avons atteint une petite crique giboyeuse. Nous y campons ce soir. Demain, nous continuerons notre route jusqu'à une crête que nous avons repérée sur les cartes des premiers colons, il y a 68 ans. C'est à environ 5 jours de cheval.
Ce soir, nous avons monté notre campement au pied de la crête couverte de végétation. Le voyage nous a pris plus de temps que prévu à cause du caractère étrange de la flore locale. Certaines plantes nous ont paru dangereuses et nous avons préféré faire quelques détours plutôt que de déranger les étranges dragonnets (ceux que nous nommons de plus en plus souvent lézards de feu).
Il y a deux jours, William a commencé l'ascension de la crête et je l'ai suivi. La montée ne fut pas trop rude et je pense qu'il serait simple de tracer un sentier assez doux (et éventuellement une route).
Quand nous sommes parvenus au sommet, mon frère m'a attrapé par le bras alors que je reprenais mon souffle. Il a pointé du doigt le panorama et m'a dit une phrase que je souhaite ne jamais oublier.
" Antoine, vois-tu le fort des frères Collins? "
Je le voyais et je sais que nous ne trouverons jamais l’apaisement tant que nous n'aurons pas rendu cette vision réelle. Demain, nous rentrons à Baie Éternité.
Le Fort est en effervescence en cette fin d’Année. Les jours de festivités marqueront non seulement la fin de l’An 308 depuis l’Arrivée, mais également la fin du deuxième Passage de l’Étoile Rouge! Mon père m’a promis un grand bal masqué et mes chevaliers-dragons de frères ne cessent de piquer ma curiosité en disant que le Weyr nous prépare quelque chose de grandiose. Je n’ose espérer une démonstration aérienne puisque les chevaliers et dames sont épuisés par des Années de combat. Comme je suis heureuse de voir Pern à nouveau débarrassée des Fils et d’avoir encore auprès de moi mes deux frères aimants! Je pleure encore parfois avant de m’endormir en pensant au pauvre Joshua. Mon si jeune cousin, mortellement blessé par un paquet de ces ignobles Fils. Lui et son dragon ont si vite disparu. Mais il ne faut pas y penser. Demain, le fort des Collins résonnera de rire, de joie et des chants des harpistes! Ce qu’ils nomment leur Atelier compte de plus en plus de jeunes talents. Ils nous feront danser et le vin de Delani coulera à flot. Mes aïeuls jumeaux se doutaient-ils qu’à peine quelques décennies après leur venue, le mont qui porte leur nom, abriterait un fort aussi florissant que le nôtre? Pas moins de 300 nouveaux habitants se sont installés à Collins cette dernière Année, la fin du présent Passage signifie le début d’une nouvelle ère pour les Pernais.
Dans trois jours, je serai officiellement nommée héritière du fort des Collins. Mon père est si fier de moi que j’en rougis à chaque fois que j’y pense. Je suis première dans toutes les matières auxquelles je suis inscrite à l’Université de Baie-Éternité. Quant à moi, je ressens surtout un immense bonheur de retourner vivre de manière permanente à Collins, mon si beau fort. Songer que tout cela pourrait bien m’appartenir un jour me rend folle de joie, bien que je ne souhaite nullement la mort de mon père. Repoussons cette pensée très loin. Oh, mes frères viennent d’arriver dans la cour de l’Université pour emporter mes bagages et puis moi. Collins, me revoilà!
Il y a à peine une Année (je me refuse à employer ce terme hideux de Révolutions), les Ateliers étaient intégrés à la Charte. Depuis lors, ils se permettent de laisser pourrir les archives dans leurs pièces de dépôt, n'enseignant à nos enfants que ce qu'ils jugent utile et pratique, oblitérant totalement les maigres liens qui nous unissaient encore à notre mère-patrie, la Terre. L'enseignement des connaissances de l'Ancienne Terre n'aurait jamais dû être laissé de côté, même après que l'inconscience des Pernais entraîna la mort des derniers Ordinateurs, à l'exception du CIA. Les gens des Ateliers se croient très forts car ils gardent jalousement les secrets de leur art, mais ils commencent eux aussi à oublier d'où ils sont issus. Depuis 46 Années, les Fils ont déserté les mémoires collectives de cette planète. Je me demande si cette capsule d'appel à l'aide s'est véritablement perdue dans l'espace sans avoir atteint son but. Verrons-nous un jour descendre vers nous les sauveurs? 37 Ans que je gère Fort Collins et pas une journée ne passe sans que je me désole de l'ignorance des prochaines générations. Quel monde privé de mémoire habiteront-elles?
Jour de mon soixante-treizième Anniversaire. L'air au Fort est irrespirable, un atelier de tanneur s'est installé juste sous les fenêtres du fort. Je dois parler à mon fils. Un Seigneur doit prendre en compte tous les facteurs et il est inadmissible que de telles odeurs empestent les appartements des Collins et les quartiers bourgeois. Les marchands ne tarderont pas à se plaindre. Mon fils comprendra peut-être qu'on ne règne pas à la légère et que toute décision entraîne des conséquences. Il est aberrant qu'à 38 Ans, il n'ait pas encore saisi ce principe de base! Et que dire de cette fête qu'il a organisée sur la place publique avec des jeux, des feux d'artifice, des prestations de chats sauvages dressés et quoi encore!? Des dépenses exhorbitantes alors que Fort Collins devrait déjà accumuler des richesses pour le prochain Passage. Mais bien sûr, tout paraît si loin pour la jeunesse. Mon épouse est décédée il y a deux jours.
Il m'arrive parfois de souhaiter mourir. Disparaître de la surface de Pern. En finir avec toutes ces horreurs. Ne plus voir nos gens, nos amis, nos êtres chers mourir les uns après les autres, emportés par une maladie dont les Guérisseurs ne retrouvent plus la trace dans leurs Archives défraîchies. Nos Ancêtres, dont je porte fièrement le nom, nous auraient-ils laissés ainsi sans défense? Inconscients que toute leur science nous serait à jamais perdue?
Père a succombé au Mal, tout comme mes trois frères aînés et quatre de mes soeurs. Mère s'accroche à chacun de mes pas comme si elle craignait qu'en me perdant de vue un seul instant, elle me perde pour toujours. Lissa hurle de peur dès qu'on fait mine de mettre le pied hors des murs du fort. Quant à Cecilia, elle ne dit rien, ne rit plus. Son visage blanc et inexpressif depuis qu'elle a vu le Mal s'attaquer à notre famille me plonge dans le désespoir. Combien de pertes encore devrons-nous subir? Combien de vies disparues? Combien de temps avant que les Guérisseurs ne trouvent le remède? Y passerons-nous tous? Même la perspective de devoir diriger seul Fort Collins alors que je n'ai pas encore fêté mes 15 révolutions me fait bien moins peur que d'affronter les questions et suppliques dans les regards des Collinois. Je suis leur Seigneur, je dois les sauver. Mais que puis-je faire d'autre que de mettre fin à leurs souffrances lorsque le Mal les a atteints trop durement?
Une véritable panique s'est emparée du continent sud, un porteur sain peut contaminer des dizaines d'autres personnes, ignorant qu'il transporte la maladie avec lui! Un homme fort peut soudain s'écrouler, l'écume aux lèvres, et son corps se couvrir de bubons noirs en moins de temps qu'il n'en faut pour appeler un guérisseur. Pourquoi certains survivent? Pourquoi certains meurent? Par Belior et Timor, les dragons ne cessent de hurler leur désespoir, même d'aussi loin, je vous jure que tout Collins entend la douleur de Nelva. Si seulement le Mal pouvait épargner les Chevaliers, si seulement. La rumeur court que Brigham n'a pu réunir une Escadrille complète pour affronter un front de Chute près d'un Fortin de la région: des hectares de terres arables, complètement ravagées, mortes pour des révolutions et des révolutions! Que va-t-il advenir de nous?
Parce que la vie est injuste et cruelle, elle m'a ravi mes frères Patril, Hubor et Anto et mes soeurs Suzia, Veryl, Kim et Micha. Parce que sa jumelle, la Mort, n'éprouve aucune pitié, elle m'a privée de mon dernier frère, Willy, de la plus cruelle des manières. Trois jours après la fin officielle de la quarantaine, Willy s'est couché, épuisé, mais a bientôt plongé dans les délires de la fièvre. Empoisonnement du sang. Morts, tous morts. Il ne reste que Lissa et moi et maman. Je suis vivante, mais je m'en fiche, je voudrais être morte, être loin, très loin d'ici, mais pas juste aller vivre dans un autre Fort, mourir ou partir loin dans les étoiles, vers ailleurs. Maman me racontait souvent, avant la peste, parce que maintenant elle ne raconte plus rien, que nos ancêtres n'étaient pas nés sur Pern, mais dans les étoiles. Est-ce que Willy aussi est dans les étoiles maintenant? Maman m'appelle pour le dîner. Je crois que je n'aurai plus jamais faim. C'est comme si j'étais morte.
Ce sont tous des idiots. Tous, sans exception. Ma mère, ma soeur, mon oncle et mon stupide gros lard de cousin. Idiots. Idiots. Idiots! Willy était mon frère, mon jumeau, l'être à qui je tenais le plus dans la vie. La peste m'a tout enlevé, mais j'ai fini par décider que je voulais vivre, vivre et mourir pour Collins, pour ce Fort qui a tenu tête à la maladie, qui a perdu près de la moitié de la population mais qui depuis cinq révolutions se bat pour renaître de ses cendres. Je ne devrais pas demander au Conseil qu'on me nomme Dame du Fort parce que je suis une fille et que les filles n'ont pas la force de diriger en ces temps difficiles? Idiots! Je suis une survivante. J'ai survécu à la peste, à la mort, à la tristesse. J'ai passé ces deux dernières Révolutions à écouter et à apprendre tout ce que je pouvais de la gestion d'un Fort auprès de l'Intendant engagé par ma mère. Je me sens prête. Je suis prête. Fort Collins appartient aux descendants d'Antoine Collins, pas à des pleutres qui sont allés se terrer dans les îles dès les débuts de l'épidémie. Je me battrai et j'aurai ce titre de Dame.
Je voudrais pouvoir revenir en arrière et changer ce qui a été fait. Je voudrais revoir mes amis d'autrefois, ceux que j'ai délaissés il y a si longtemps parce que j'étais jeune et imbu de mon rang. Je voudrais changer la trame du temps et ne pas avoir renvoyé ma mère loin de Collins simplement parce qu'elle se mêlait trop de ma gestion. Ah comme je regrette à présent la disparition de ma mère. Cecilia Collins fut une grande Dame, peu importe ce qu'en pensaient les autres Forts. Je voudrais revenir en arrière et n'avoir jamais rencontré ce sale serpent de tunnel. Mes "bonnes affaires" avec mon ami Kilson de La Flèche m'ont ruiné. Collins s'effondre morceau par morceau et les gens sains d'esprit ont quitté le Fort depuis plusieurs révolutions, sentant l'immicence du désastre. Mon Intendant m'a donné sa démission ce matin. Quant aux petits seigneurs qui, hier encore me léchaient les bottes et me lançaient flatterie sur flatterie, ils se détournent avec dégoût et refusent de m'adresser la parole. Quelques tapisseries de mes ancêtres ont disparu du corridor est. Je soupçonne le Seigneur Felgur de ne pas y être étranger. Que vais-je devenir? L'économie est moribonde. L'hiver pluvieux que nous avons eu a été une catastrophe pour nos arbres, ils pourrissent littéralement sur pied. Plusieurs agriculteurs ont déménagé. Seuls les Harpistes restent fidèles aux Collins. Que faire? Que faire?
Que les Harpistes et ceux dont la mention ne doit pas être faite ici soient mille fois remerciés pour le rôle qu'ils ont joué dans la renaissance du Fort de mes ancêtres. Après des jours et des nuits de fièvreuses réflexions, ma fierté s'est enfin inclinée devant ma volonté: je suis allé quérir de l'aide auprès de mon lointain cousin chevauchant une si noble créature. Avec son aide, celle des Harpistes et celle des Messagers, j'ai pu discrètement contacter mes anciens amis. Ils ont tous répondu à mon appel. Les larmes me viennent encore aux yeux lorsque j'y pense. Tous fidèles, bien plus fidèles que mes partenaires d'affaire, lesquels ont disparu, mais il n'est pas encore temps de les poursuivre. Le sang de Collins s'est revivifié et mes dettes épongées, je peux m'atteler à la reconstruction de Fort Collins. C'est merveilleux! La Foire aura lieu dans deux semaines et j'y dois me fiancer (à 55 révolutions!) à la plus belle des filles du Seigneur d'Isle-Rose. Je respire enfin.
Les dragons arrêtent pas de pleurer. Et mon papa aussi est très triste. Il veut pas que j'écrive dans son grand cahier, mais je le fais quand même!
Mon cher fils, mon aîné, si jeune hier à peine, a enfilé la tenue des candidats pour se présenter sur les sables. Cidal, si petit parmi tous les solides enfants du Weyr de Nelva, mais l'air si fier et assuré, a marqué le premier-né des dragonnets de Breath. Un Bronze, rien de moins! Cidal, C'dal à présent, 13 révolutions, n'héritera jamais de Fort Collins, mais comme nous sommes heureux pour lui et pour son Caerth! Ma femme a versé des torrents de larmes à l'Éclosion et je n'éprouve aucune honte à admettre qu'il en fut de même pour moi. Quant à Edegar, il a passé toute la soirée de banquet à faire la tête, probablement très déçu de ne pouvoir imiter son grand-frère, mais j'ai bonne foi en lui. Dès demain, je commencerai son éducation d'héritier. Le Weyr nous le laissera-t-il celui-là? Longue vie à C'dal et Caerth!
Edegar ne deviendra jamais Seigneur de Fort Collins. Je vous le jure, par le premier Oeuf qui a éclos, Edegar ne sera pas Seigneur Régnant. De par ma volonté et en ce jour, j'ai rayé mon deuxième fils de l'ordre de succession. De par ma volonté, je l'ai chassé de Fort Collins et lui ai interdit à jamais d'y revenir. De par ma Lignée et mes Ancêtres, je n'ai jamais eu de fils qui s'appelait Edegar. J'ai recueilli cette pauvre enfant et la marierai à mon troisième fils, lui qui ne m'a jamais causé souci.
Code critique. Relancez le système. Ce fut le dernier clignotement d'intelligence du CIA. Le Centre d'Intelligence Artificiel de Baie Éternité vient de fermer l'oeil pour une ultime fois et il eut le bon sens de le faire en présence de nombreuses personnalités de Pern. Ainsi les Seigneurs prompts à crier au complot ne pourront douter publiquement de la parole de tant de Maîtres d'Atelier et de Seigneurs sans nous traiter tous de menteurs. Secret gardé par les Lignées et les Ateliers depuis près de quatre siècles, la toute dernière machine pensante de notre planète ne livrera plus aucun enseignement à nos héritiers. La lourde tâche de leur raconter d'où nous venons retombe sur nos épaules. Nos mémoires finiront-elles également par faillir? Mais quel mal y aurait-il à ce que les prochaines générations ne sachent pas quels crimes nos très lointains ancêtres ont commis et quelles causes idiotes les ont menés à prendre les armes les uns contre les autres? Les connaissances techniques du CIA nous manqueront davantage, mais la plupart des objets dont il nous parlait ne pouvait plus être construite. Nous n'avons plus les connaissances ni les matières requises. Les Maîtres paraissent inconsolables, les Seigneurs beaucoup moins. N'en déplaise à mon arrière-arrière-arrière et moult grand-père Guerar, Pern pourra dorénavant regarder dans une seule direction: vers l'avant. Et pour Collins, j'entrevois un avenir florissant.
Je suis père! Je suis père! Enfin! Après trois fausses couches de ma chère Ermie, je tiens enfin entre mes bras l'héritier des Collins. Il gazouille et babille déjà beaucoup. Je passe des heures à regarder ses tout petits doigts s'ouvrir et se fermer, ces simples mouvements me fascinent. Plus que de raison, juge mon grognon d'Intendant qui exige que je revienne aux affaires pressantes du Fort. Je n'ose pourtant quitter bien longtemps mon fils pour lequel nous n'avons pas encore trouvé de nom. Nous avions déjà choisi les noms de ses trois prédécesseurs aussi ma femme et moi craignons d'en fixer un à nouveau. Cela tient du ridicule bien sûr. F'dul et sa Dame sont venus nous féliciter en personne pour ce premier enfant et j'ai bien failli serrer le Chef du Weyr dans mes bras en l'invitant à boire un coup. Heureusement, mes bonnes manières ont pris le dessus. Depuis des jours je ne peux me contenir, j'ai envie de chanter, de danser, de montrer à tous comme je suis heureux. Mon Intendant m'a dit que je troublais les servantes à force de leur faire des sourires à chaque fois que je les croise. Comme je m'en fiche! J'ai un fils!
Cela faisait plus de cent révolutions que Pern n'avait vu la fondation d'un nouveau Fort. Eh bien voilà qui est fait: Kaelbel est devenu officiellement le onzième Fort de Pern. Nous devrions en fonder plus souvent, il s'agit d'une magnifique occasion pour fêter. Paré de ses plus belles couleurs, Kaelbel a accueilli nombre de Seigneurs et de petites gens pour souligner l'évènement. Le bon vin a coulé à flots et que dire de toutes les jolies jeunes filles qui ne demandaient qu'à danser! Mon père m'a enjoint de trouver une solide fille qui pourra porter ma descendance, mais comment choisir entre toutes? Et puis je n'ai nulle envie de me marier pour l'instant. Certes mon père m'a nommé Seigneur de Collins et j'ai certaines lourdes responsabilités, mais la vie offre tellement de fantastiques occasions de s'amuser! Les murs de Fort Collins me paraissent ternes lorsque je visite les Weyrs ou les autres Forts. Tout me paraît plus beau, plus intéressant que le vieux caillou où le Fort de notre Lignée est plantée. Je veux parcourir le continent, traverser la mer et même qui sait, explorer les terres inconnues de l'autre côté! Tant de paysages magnifiques que je n'ai pas eu l'opportunité de voir et cette charge de Seigneur est si contraignante. Je n'ai jamais le temps de m'amuser, sauf quand je parviens à tromper la vigilance de mon tuteur, le Maître Harpiste en poste, pour découvrir la vraie vie dans les rues et les campagnes. Comme j'envie les gens du commun, toute la liberté dont ils disposent tandis que moi je suis prisonnier de mes responsabilités.
Qui aurait cru que ce vieux tas de pierres ennuyeux se réveillerait un jour et exploserait de telle manière? Fort Collins est couvert de cendre et de suie. Il pue la fumée et la peur car les Collinois craignent de voir le Mont Collins se réveiller comme le Mont Grégoire l'a fait. Cette montagne que les ancêtres avaient déclarée volcan éteint a décidé de jouer les dragons il y a une semaine. Je n'ai pas vu le moment exact où cela s'est produit, mais on raconte que le feu a été projeté très loin au-dessus des nuages et que tout un pan de la montagne a disparu dans l'Interstice. Je n'en crois pas un mot, mais il est vrai que les crachats de lave et de feu m'ont grandement impressionné. Dire qu'il y a quelque mois à peine je rêvais d'aller chercher l'aventure, voilà qu'elle est venue à moi! Père trouve que je parle de cette éruption de manière bien désinvolte, mais il est trop âgé, il ne peut pas comprendre que j'ai besoin de cette action! Je prends enfin plaisir à gérer les affaires du Fort. Chaque matin, je ne sais pas ce dont le jour sera fait et c'est exaltant! Toutes les heures, de nouvelles tâches me tombent dessus et je passe mes journées à courir à travers le Fort pour donner des ordres ou rétablir calme et discipline. On m'écoute! On m'obéit! Je sors enfin de la paperasse et des interminables lectures d'archives pour m'activer sur le terrain. Parfois je me dis que si j'étais Seigneur d'un petit Fortin, ma vie serait plus palpitante que celle d'un Seigneur Régnant. Des centaines de personne sont mortes calcinées ou étouffées par la lave, je sais bien, mais cette éruption est un cadeau pour moi, je me sens revivre au coeur même de ces vieilles pierres. Consoler les membres des familles éplorées, je laisse ça à mon Intendant, moi je préfère encore prendre la pelle et la pioche et chercher des survivants. Je n'y crois pas, bien sûr, mais l'important c'est que je sois autorisé à prendre part aux fouilles.
Une fois de plus je me demande quelle idée a eue mon père de s'embarquer pour le continent nord. Et quel mauvais sort a voulu qu'un cyclone l'emporte alors qu'il était encore dans la fleur de l'âge. Craque la coquille! Mon père nous a laissées seules Mère et moi, seules face à une bande de chats sauvages affamés. Tous lorgnent avidement sur Fort Collins et certains de mes prétendus cousins pourraient fort bien prétendre au rang de Seigneur Régnant au prochain Conclave! Le fils du Seigneur de Fort-aux-Corbeaux est venu demander ma main à Mère. Il a près de quarante-cinq révolutions et est plus bête qu'un pot de chambre! Mère pense que son père, qui refuse de lâcher la gestion de Fort aux Corbeaux malgré ses soixante-seize révolutions révolues, a dû ourdir ce plan de mariage pour s'emparer de Fort Collins de manière détournée. Nous avons eu beau tourner le problème dans toutes les directions, la disparition de mon père ne nous laisse guère le choix. Ainsi donc, je devrai épouser le Seigneur Cerdan dont on raconte qu'il éprouve même des difficultés à saisir les plus élémentaires mathématiques! Même si j'accepte de l'épouser, il n'est pas question que le vieux Cerdic contrôle le moindre de mes paysans à travers son fils, mon... fiancé. Il n'est pas dit que Collins passera en d'autres mains!
La date du mariage ne peut plus être repoussée. Cela fait déjà près d'une révolution que Cerdan et moi avons échangé nos voeux de fiançailles et les pressions de Fort-aux-corbeaux se font de moins en moins subtilement. Le dernier message que le Seigneur Cerdic nous a envoyé demandait avec empressement pour quelle date il devait réserver les meilleurs Peintres de son Fort pour immortaliser l'évènement. Comme si Collins ne comptait pas déjà les plus éminents Artistes de tout Pern! Quant à mon fiancé, il m'ennuie déjà plus que je n'oserais dire. Toute sa personne me paraît terne et sans intérêt. Il ne prend jamais la parole ou l'initiative d'une activité. Il ne sait qu'attendre qu'on lui dise quoi faire. Oh Faranth! À quoi ressemblera donc ma nuit de noces? Mon père me manque affreusement, mais Mère est toujours là pour m'écouter et me donner confiance. Dans trois septaines, je serai mariée et officiellement Dame de Collins. Les préparatifs de mon mariage me serviront d'exercice pour apprendre à bien "conseiller" mon Seigneur. Le jour de mes 17 révolutions, je serai mariée... et femme.
En regardant la date du jour ce matin, j'ai pris conscience que voilà déjà 18 révolutions que Cerdan est devenu, en m'épousant, le Seigneur de Fort Collins. Tant de temps a filé... il est vrai que mon aîné, Lidan, fêtera bientôt ses 12 révolutions. Mon mari n'a guère changé sinon en prenant énormément de poids. Les Conseillers et l'Intendant n'ont pas été longtemps bernés par le manège de Mère et moi, sachant fort bien de qui émanaient les ordres dictés par mon Seigneur. Cerdan se révèle une marionnette très coopérative. Il ressent un réel soulagement à me voir gérer Fort Collins, surtout lorsqu'il y a litige entre certains Fortins. Je ne peux pas croire qu'un tel mollasson soit le fils de Cerdic-Poigne-de-fer. Les affaires de Collins se portent à merveille, les récoltes ont été exceptionnelles cette révolution grâce à une température équilibrée et un hiver moins pluvieux que les révolutions précédentes. De nombreux Pernais s'installent en ville et de nouveaux quartiers se sont créés. Le tout récent quartier des artisans compte à présent plus de 200 compagnons qualifiés! Peu de Forts peuvent se targuer d'avoir une telle concentration. La vente de bois est en constante augmentation et les ébénistes émerveillent tout un chacun avec leurs meubles sophistiqués.
Moi, Arlie, fille unique de Lidan, lui-même fils de Lydie dite la Grande Dame, je prends aujourd'hui possession de ces cahiers pour écrire à la suite de mes ancêtres l'Histoire du Fort des Collins. Aujourd'hui-même, les Collinois ont célébré mon anniversaire de naissance. Je suis désormais une adulte accomplie et c'est avec une joie indicible que je prends en mains les rênes de mon peuple. Dès demain, je ferai quérir mon Intendant pour lui dicter mes premières lois. Depuis la mort de la Grande Dame, tout va à vau-l'eau, tous se laissent aller. Bien sûr les dernières invasions de Davs ont forcé les agriculteurs à brûler plusieurs champs et la tête de feu a fait des ravages parmi les petites gens, mais Collins ne doit pas dépérir! Mon père a eu bien tort de compter sur ses laquais pour assurer le commandement. Jamais, il n'aurait dû se détourner de son devoir, jamais il n'aurait dû poser les yeux sur Elle, ma mère. Cette chose superficielle, écervelée, seulement intéressée par ses toilettes et ses centaines de chats! Lidan n'avait pas l'étoffe de la Grande Dame, mais moi oui et je le montrerai à tous. Je ne me marierai point. Je veillerai jour et nuit. Je serai derrière chaque serviteur, chaque employé et ce Fort retrouvera le lustre de ses années de gloire. Arlie vous en fait serment.
Foi de Collins, si la Grande Dame respirait toujours, elle se couvrirait la tête de cendre et refuserait de reconnaître Collins. Je suis entourée d'incompétents qui se croient plus intelligents que moi. Des hommes qui ne savent rien faire correctement sans qu'on les dirige à la baguette, des hommes qui ne pensent qu'à manger, boire et coucher, des hommes, les miens, ceux que j'engage puis renvoie les uns après les autres. Tous des lâches, tous incapables de voir la grandeur de mon projet. Ils ne savent pas voir par-delà les révolutions, ils ont la vue si courte que la prochaine septaine leur paraît loin. Toujours ils vous parlent de mariage quand vous leur parlez de varier les cultures, ils vous parlent de Tradition, quand vous leur parlez nouvelles allégeances. À quoi cela me sert-il d'être la Dame Régnante lorsqu'ils ne voient en moi que le reflet de ma mère? Je suis une Collins, par le sang, je descends de la Grande Dame et des frères Collins! Mais ils ont la vue bouchée. Je vais de ce pas signifier à mon Intendant qu'il est renvoyé, chassé à jamais de ce Fort. Qu'il n'y remette plus les pieds!
Plus beau, plus grand, plus fort que tous les hommes que j'ai vus. Plus intelligent que tous ceux que ma mère a voulu me faire épouser à la mort de mon père il y a plus de 9 révolutions maintenant. Il est tout simplement magnifique et il est venu me sauver, sauver Collins, nous sauver. Le Fort tombe en décrépitude par la faute de ces manants sans éducation. Ils n'ont jamais voulu m'écouter, tous je les ai chassés et lui, lui est venu. Enfin. Mon adorable amour. Je comprends à présent ce que ressentent les chevaliers lorsqu'ils choisissent leur dragon. Tout comme eux, j'ai choisi mon âme soeur. Il était là, à ma porte, me tournant déjà la tête de mille promesses. Il tirera Collins du gouffre, qu'importe après tout s'il est le fils des Taffarel? Il brille d'intelligence et sa beauté est sans égale. Mon tendre Nialiv, je t'appartiens, Collins t'appartient.
Kurcil et Père ayant quitté le Fort pour quelques jours, je peux enfin voir les archives de Collins à la lumière du jour. J'ignorais même que nous en ayions eues! Mère ne m'a jamais parlé de nos ancêtres, elle ne m'a jamais raconté toutes ces histoires depuis la fondation du Fort jusqu'à ses rêves de jeunesse lorsqu'elle a pris la succession de son père. Bien sûr, je sais que ses révolutions à la tête de Collins ont été désastreuses et que Père est arrivé juste à temps pour sauver Collins du désastre, Père ne cesse de le répéter sur tous les tons. Et Mère qui ne dit rien à tout cela. C'est par hasard que j'ai trouvé ces archives, sous des piles de peaux poussièreuses. J'ai tout lu, nuit après nuit avec pour seul compagnon un panier de brandons et voilà qu'enfin, l'occasion se présente d'y écrire à mon tour. Je sais bien que ces archives reviennent de droit à Kurcil, je ne suis que le second, en tout. Je n'ai même pas l'autorisation d'écouter les leçons que Père donne à mon frère. J'ai mon propre tuteur, mais j'aimerais bien aussi écouter Père et apprendre à me battre tout comme lui. Je pense que si j'étais aussi grand et costaud que Kurcil, Père m'accorderait plus d'attention. Il n'arrête pas de se plaindre à Mère que je passe mon temps à lire, que je ne vaux guère mieux qu'un harpiste, mais cela il n'ose pas le répéter trop fort quand Maître Jeen est présent. Je crois que je ne montrerai pas ces archives à Kurcil, de toute façon, il en rirait, ni à Mère, elle les a peut-être oubliées depuis tout ce temps. Elles resteront mon secret et j'aurai enfin quelque chose de plus que mon frère.
Mon frère a attrapé la tête de feu! Du moins je crois que c'est bien ce qu'il a attrapé parce que personne ne veut me le dire clairement. Depuis la Foire de la Révolution, Kurcil garde le lit et Père interdit à quiconque à part les guérisseurs d'entrer dans la chambre. Les serviteurs bavardent, ils disent que mon frère n'a eu que ce qu'il méritait, que ce n'était pas digne d'un futur Seigneur. Père a fait châtier Emervil, le garçon d'écurie car c'est lui qui aurait contaminé mon frère avec la tête de feu. Pourtant il ne semblait pas malade. Il l'a été quand Père l'a corrigé. Mère a voulu m'entraîner à l'intérieur, mais tous les serviteurs regardaient ce qui se passait et je voulais voir moi aussi. Quatre des hommes de main ont tenu Emervil et Père a tiré un grand couteau et il y a eu du sang partout et Emervil criait et criait avant de s'évanouir. Ils l'ont jeté dehors et Père a dit que les canins s'étaient disputé pour dévorer la virilité de ce serpent. Mère croit que je n'ai pas compris, mais je sais bien ce qu'ils ont fait à cet homme. Mais quel rapport avec la tête de feu de Kurcil?
Je le déteste. Je voudrais le voir pourrir au milieu d'une montagne de cadavres de wherries. Le Conclave refusera de l'admettre publiquement, mais Père a sûrement tué Kurcil. Il ne peut en être autrement, voilà des périodes qu'il a disparu et malgré toutes les recherches, personne n'en a trouvé une seule trace. Père a dû en avoir assez des amours de Kurcil ou il l'aura surpris une fois de trop dans le lit d'un homme et il les aura tués tous les deux. Son propre fils. Je n'ai pas pu sortir Mère de sa léthargie, mais heureusement j'ai la bonne oreille de plusieurs héritiers de Pern. Le Conclave se réunit enfin, sur ma demande. Il doit déposer Père. Il doit me donner le titre de Seigneur Régnant. Alors je pourrai entreprendre des fouilles et lancer une enquête avec la Garde. Nous trouverons le corps de mon frère et nous l'honorerons tel le Seigneur qu'il aurait pu être. Père n'aura jamais accepté que son fils aime les hommes, après tout c'est la raison de sa haine envers les Chevaliers-dragons? La femme de mon frère est repartie dans son Fortin natal, froide, indifférente, ils ne se sont jamais aimés. Par chance, j'ai ma douce Elia à mes côtés. Elle se sent prête à devenir femme du Seigneur Régnant. Quant à moi, je ne pense pas être à la hauteur de mes ancêtres, mais Collins et ses habitants méritent mieux que d'être dirigés par le monstre qu'est mon père.
C'est fantastique! Après toutes ses fausses-couches, ma femme vient d'accoucher de deux garçons, deux magnifiques créatures aux yeux aussi bleus que ceux de leur mère. Nous n'avons pas encore choisi leurs noms, mais je suis un père pleinement comblé. Ah Kurcil, que n'es-tu là pour partager notre joie!
Tout juste le jour de nos 26 révolutions! Cet ouragan a eu un flair incroyable pour gâcher notre petite fête. Nous avions engagé tous les harpistes de Collins disponibles en plus de faire venir de l'excellent vin de Delani. À peine venions-nous d'entamer une ronde avec les plus jolies donzelles de Pern que les chevaliers-dragons débarquaient en fanfare, grondements à l'appui et déclaraient que tous les compagnons et hommes faits devaient se porter volontaires pour aider les survivants. Tim et moi nous sommes regardés avec la même moue avant de déposer nos coupes et d'abandonner nos conquêtes du jour. Tous deux montés sur le bronze de S'kar, le Second de Nelva, nous avons parcouru en trois respirations la distance qui nous séparait de La Flèche. Le spectacle qui nous attendait était désolant. Père nous suivait de peu, sur le bronze du Chef de Nelva. Comme à son habitude, il beugla efficacement les ordres et Tim et moi nous mîmes à l'ouvrage. Même la noirceur n'arrêta pas le travail diligent des secouristes. Heure après heure nous tirions des gravats les pauvres inconscients qui n'avaient pas pu ou voulu trouver refuge lorsque les dauphins avaient averti du danger. Braves créatures. Nous avons accueilli quelques blessés à Collins, la cour intérieure et le hall sont bondés. Nos petites soeurs chéries courent en tout sens pour aider tant qu'elles peuvent. Tim ronfle déjà à côté de moi, mais je ne pouvais me résigner à laisser Rukbat se lever sans avoir couché sur papier les évènements de cette incroyable nuit. Dès que nous serons un peu reposés, mon frère et moi repartirons à dos de dragon pour survoler les côtes. Heureusement, les dégâts sont surtout matériels.
Depuis le début de la Révolution, Pern semble sourire aux Collins. Après la naissance d'un quatrième garçon sain et vigoureux au premier mois de la révolution, ma chère femme a hérité de trois Fortins de la part d'un obscure oncle décédé. Même le Conclave doit admettre que plus de deux révolutions après la mort de notre père, Tim et moi parvenons à gérer le Fort sans heurts. Nos femmes et nos enfants s'entendent à merveille: pourquoi faudrait-il qu'il y ait des querelles entre nous? Tim préfère la gestion de terrain et moi la gestion des finances, voilà qu'une fois de plus les Jumeaux se complètent parfaitement. Les langues sales seront forcées de se taire au Conclave lorsque je montrerai l'état des travaux du quartier des artisans. Enfin les Seigneurs Régnants se mêleront de ce qui les regarde sans chercher à se mettre le nez dans les affaires de Collins! Ne pas oublier de demander à Tim de faire un petit numéro à sa façon pour rafraîchir la mémoire des Seigneurs au sujet de la Charte de Pern. Ah vraiment, cette Révolution se présente sous un excellent jour!
Quel malheur que d'être né le premier. Premier enfant, premier garçon, je n'ai jamais eu le choix de mon destin. Dans un mois, mon père me léguera Fort Collins malgré mon absence totale d'intérêt. Oh j'ai appris de mon père tout ce qu'il avait à m'apprendre et son Intendant est un homme fort intègre, mais mon rêve d'enfant ne m'a jamais quitté, pas celui de tous les petits garçons s'imaginant voler avec un dragon, mais celui d'un enfant aux yeux plein d'étoiles et à la tête remplie d'objets merveilleux. Comme j'ai maintes fois rêvé de ne plus être le fils héritier, de me glisser hors des murs de ce Fort et de m'inscrire sous un faux nom dans un Atelier tel celui des forgerons. Là-bas, j'aurais eu tout le matériel nécessaire pour réaliser mes projets les plus farfelus. Dans une semaine, je n'aurai plus que mes nuits pour inventer et imaginer. Enfin, peut-être qu'un jour viendra où je déléguerai à mon tour mes tâches de Seigneur à mon fils et alors mes doigts pourront courir sur le bois et marteler le métal.
Jamais je n'aurais pensé qu'un Fort en viendrait là. Il s'agit de Taffarel, bien sûr et rien ne devrait plus m'étonner de sa part, mais quelle folie a saisi le Seigneur Régnant? Le Conclave n'était pas même au courant qu'il voulait léguer le Fort à son second fils. Quel gâchis! Taffarel est à feu et à sang depuis trois jours et toujours aucun signe d'apaisement. Frère contre frère, la population elle-même se joint au conflit. Les Messagers disent que les rues sont jonchées de cadavres. Et dire qu'au moment où tout se déclenchait, j'étais occupé à mettre la touche finale à ma dernière invention: elle fonctionne! Mais il semble horrifiant que je puisse m'en réjouir en pareilles circonstances. Pourtant... pourtant pour la première fois, une de mes inventions fonctionnent! Le fermier chez qui j'ai installé cette roue à eau n'a pas cessé de me remercier pendant tout le repas auquel il m'avait invité. Pour ma part, je crois que je ne remercierai jamais assez ma femme d'être si bonne Dame Régnante, je dispose de temps pour inventer, imaginer, concevoir. Par Faranth si seulement les fils Taffarel démontraient un peu plus d'intelligence et un peu moins d'ambition!
Mon Pernographe a servi! Il a sûrement sauvé des vies! Nos ancêtres qui connaissaient tant de choses et manipulaient des objets si savants auraient été fiers de nous. Le Pernographe a annoncé des heures à l'avance que la terre tremblerait! J'ai pu mettre mes gens à l'abri et tout Collins ou presque a été évacué. Collins ne déplore que peu de blessés. Les dégâts matériels sont énormes cependant et nous en avons pour quelques révolutions avant de faire disparaître les dernières traces de ce tremblement de terre, mais tout cela n'est que pierre et bois. Tout comme lorsque les Fils tombaient, les Pernais se relèvent et reconstruisent. Nous vivons une époque formidable et qui sait si d'ici quelques décennies, Pern ne retrouvera pas son niveau technologique de l'époque de l'Arrivée?
Ah Medrean comme je voudrais t'avoir à mes côtés. La tâche me semble si lourde. Notre mère aurait dû me remettre elle-même ces archives, mais depuis la mort de Père, elle semble s'être enfermée dans sa bulle et ne plus pouvoir en sortir. Heureusement que toute la fratrie est là pour me soutenir, seul, je n'y arriverais pas. Je pense que Terasia et moi commençons à avoir une relation plus tendre. Déjà deux révolutions que nous sommes mariés et nous n'avons guère partagé qu'une portion de couverture sans oser aller plus loin. Maintenant que Père n'est plus, toute la charge du Fort me tombe sur les épaules et je sais que mes conseillers ne tarderont pas à me suggérer avec insistance de consolider ma position en ayant un héritier. Ellain ne se gêne pas pour me faire des remarques du haut de sa position de Dame du Fort de Mishtapek, qu'elle y reste! Merwann a été repéré par un dragon de Quête! Peut-être marquera-t-il un bronze lors de l'Éclosion. Il me tarde d'y être, cela me fera sûrement oublier la tristesse de Collins, l'absence de Père m'est si pesante et me rappelle constamment les jours noirs suivant ta mort, Medrean. Il y a un siècle me semble-t-il. Keany a commencé ses études de harpiste, elle sera une chanteuse fantastique. Quant à Caleb, il est toujours plongé dans son petit monde. En émergera-t-il un jour?
Medrean, tu es de retour parmi nous! Ma chère et tendre épouse a mis au monde un garçon. La douleur fut atroce et j'ai eu bien peur de perdre Terasia et l'enfant, mais tous deux sont vivants. Les sages-femmes ont dit que Terasia n'aura plus jamais d'enfants, la vie se montre si cruelle parfois. Cependant, nos trois filles sont ravies, elles adorent déjà Medrean, lequel se montre un véritable ange. Il ne pleure pas du tout. Mon fils, Medrean, j'éprouve déjà une grande hâte à t'enseigner tout ce que je sais, à parcourir avec toi les rues et les champs de Collins.
Comme nos sages ancêtres l'avaient prévu, les Fils sont revenus. Pourquoi ne sont-ils pas tombés pendant 400 révolutions? Personne, pas même les Chevaliers-dragons n'osent souffler une réponse. Tout ce qui importe c'est que les Escadrilles ont volé et combattu les Fils et qu'aucune mort n'est à déplorer de toute la région de Collins. Je ne pourrais en dire autant de certains fortins, vassaux d'autres Forts. Plusieurs Pernais ne croyaient plus au retour des Fils et n'ont tenu aucun compte des avertissements répétés des Weyrs. Quelle tristesse de songer aux vies inutilement perdues. Maintenant plus que jamais, Collins aura besoin d'un Seigneur fort et à l'écoute. Nous avons devant nous 50 révolutions de combat.
Depuis quelques jours, je me sens d'étranges faiblesses. Je ne peux faire trois pas sans prendre un instant pour souffler. J'ai l'impression que ma tête tourne constamment et que le sang qui parcourt mes veines se glace. J'ai fait appeler Dragàn, mais il n'a eu que quelques vagues paroles avant de dire qu'il allait consulter ses ouvrages. Me cache-t-il donc mon état? Je n'ai pu dissimuler mes douleurs à ma femme et je pense que Medrean a remarqué ma faiblesse tout à l'heure. Il n'y a plus qu'à espérer qu'un peu de repos remédiera à tout cela et rapidement! Il y aura bientôt une Éclosion à Nelva et c'est un spectacle que je n'aimerais pas manquer. Je n'ai pas vu Merwann depuis qu'il a été transféré à Azuria, j'espère que tout va pour le mieux là-bas.
Après un très long voyage, autant sur terre et mer qu'en pensées, je suis de retour au Fort de mes Ancêtres. L'existence de Denemar touche à sa fin, celle de Medrean reprend son cours interrompu. Le "cousin" Ilkitan a fort bien tenu Collins en mon absence et je n'aurais rien à lui reprocher si ce n'était qu'il a gardé secrète la mort de mon père! Cela me paraît bien difficile à pardonner. Les Collinois ont dû se croire abandonnés par leur Seigneur et ils n'auraient pas tort de le croire puisqu'ils ignoraient sa mort. Tout semble à la fois si semblable et différent ici. Rien n'a changé en apparence, mais il n'y a plus le rire heureux de mon père. Mes soeurs et ma mère ont décidé de demeurer à Mishtapek sous l'oeil autoritaire de notre tante. Je n'ai pas pu me résoudre à revenir à Collins en droite ligne. J'avais besoin de réfléchir et de vivre un peu ma jeunesse avant de remettre les pieds au Fort. À présent je me sens presque prêt... mais Ilkitan a eu l'aval du Conclave pour demeurer Régent encore quelques temps. Heureusement que j'ai ramené Eril, le fils héritier d'Azuria avec moi, il me tient joyeusement compagnie.
Ce matin, Pern reprend aux Collins leur apaisement. La Cruelle en a le droit. Ni les Hommes, ni les Fils, c'est finalement la Terre qui a, comme toujours, raison de nous.
C'est une première victoire pour Collins! Après des septaines de négociations, voilà enfin un premier débouché. Mes citoyens pourront s'installer en bordure et à l'intérieur des murs de Fort-aux-corbeaux. Ils en acceptent 1200! Rivière-aux-saumons a promis d'en accepter 800 de plus. Quel soulagement! Des familles entières pourront y rebâtir leur vie. C'est un déchirement aussi que de les laisser partir. C'est Collins qui se vide à nouveau, mais nous ne pouvons plus longtemps abuser de l'accueil et de la générosité de Nelva qui nous héberge depuis trop longtemps déjà. J'espère que mon colis s'est bien rendu chez les Chefs, cela ne fera pas de tort au Weyr que d'avoir un couple plus jeune à sa tête, quoi qu'on en dise.
Les choses avancent plus lentement que je ne l'espérais. Hier, j'ai même surpris Ilkitan à avoir des soupirs d'impatience envers les Seigneurs de Brigham et d'Isle-Rose. Le conclave ne donne pas les résultats escomptés : trois seigneurs ont envoyé leur intendant et deux ne se sont pas présentés du tout. La gloire de la famille Collins a définitivement perdu de son éclat. Personne ne nous viendra donc en aide? On joue rude : il y a des rencontres secrètes où je ne suis pas convié. Ilkitan m'a montré le dernier rapport de ses hommes, il semble qu'on veuille s'approprier mes terres et les donner à un autre. Qui?
Je manque de force pour m'y opposer. Même mes soeurs m'ont conseillé de lâcher prise, m'ont dit que ma fille, de toute façon, ne pourrait régner, qu'il fallait abandonner pour lui laisser une chance de grandir. Est-ce à dire qu'on irait attenter à sa vie? Je n'ose croire pareille abomination de la part de mes congénères. Kelain m'a envoyé les messages les plus pressants, je m'en étonne, elle d'un naturel si posé. Douce vie tu me manques, Miryam, Aryann, Medea, vous me manquez à chaque heure...
Ma plume tremble, je répands de l'encre partout, les mots me manquent. Ils ont levé la main : Taffarel, Brigham, Rivière-aux-saumons, Isle-Rose, Mishtapek, ils ont levé la main! Ils ont amené cette femme au Conclave, lui ont mis des mots dans la bouche, lui ont fait dire... C'est un mensonge, un outrage! La rage m'étouffe et je crois bien que j'aurais défiguré cet imbécile de Mordave qui souriait et souriait, mais Ilkitan m'a retenu. Cousin, ami, il m'a amené hors de la salle du conclave pour me permettre de respirer et de mettre de l'ordre dans tout cela.
Comment est-ce possible? Comment mes parents ont-il pu? Et ma mère, pourquoi se prêter à cette mascarade? L'ont-il menacée elle aussi? L'ont-il molestée pour qu'elle dise n'être pas ma mère?
Rien ne tient, ça ne peut être vrai. Je suis un Collins, Taliesin est mon père. Rien de tout cela ne correspond à la réalité. Après le Fort, c'est mon monde qui s'écroule.
Collins ne s'en remettra pas, même si mon corps, tranquillement, se relève. Tête en feu? Surdose émotive? Épuisement? Même les guérisseurs se perdent en conjectures sur la cause de ces malaises qui m'ont cloué au lit pendant trois septaines.
Aryann, je ne me résous pas à te parler. Ilkitan n'est jamais loin et j'ignore ce que l'on pourrait se dire, est-ce que cela a encore une importance désormais? Ton fils te ressemble, il a le même air buté et ses cheveux deviennent de plus en plus foncés. Je ne dois plus y penser, je suis heureux avec ma femme. Medea et Arkan joueront ensemble comme toi et moi lorsque nous étions enfants. Il y a si longtemps.
J'ai des décisions à prendre. Je crois qu'Ilkitan aura la force qui me manque. C'est un Collins, pour le Fort, pour la famille et l'héritage, il m'aidera. Medea, pour toi, nous devons nous battre et imposer nos droits.
Taliesin, père de coeur et d'esprit, je ne suis pas né de ta chair, et mon sang n'est pas le tien, mais tu m'as tout appris. En moi, l'amour pour mon peuple et ma terre a grandi. Mordave n'aura pas cela.
C’est une offre inespérée, qui tombe du ciel et de nulle part. Les démarches acharnées de mon cousin et ancien Colonel porteraient-elles leurs fruits? Fort Iristel, par la personne de mon oncle Drasil, offre une généreuse portion de terre au nord afin de reconstruire le Fort des Collins en toute sécurité, loin, très loin des mains rapaces du Seigneur Mordave. Le Nord… Un vaste territoire à cultiver et faire prospérer. Je retrouve des couleurs et le second souffle qui tardait tant à me venir. J’ai quitté mes vieux habits et mon désespoir : rebâtir le fort de mes aïeux est encore possible et sans verser une seule goutte de sang! Le Conclave ne pourra me refuser le statut de Seigneur lorsque je leur présenterai un Fort prospère et une population bien vivante. Les Collinois me suivront-ils? Combien parmi eux ont la flamme des colons?
Miryam me presse d’envoyer des cadeaux par lézard de feu et dragon afin de remercier la famille de mon oncle. Par Faranth! J’irai moi-même les leur porter en personne. D’ici trois septaines, nous aurons certainement réuni le matériel nécessaire à une première traversée. Avec les hommes les plus forts, nous défricherons la terre et creuserons les fondations. Encore quelques périodes et nous serons prêts à accueillir nos familles. Douce Aryann, chère Miryam, vous me manquerez, mais cela est mieux ainsi. Je dois temporairement m'arracher à vos vies.
Je reconnais en cette tête de mule d'Ilkitan mon regretté père. Toujours à chercher la justice, toujours à se tenir droit devant l'adversité. Je dois admettre ne pas être de cet acabit et reconnaître que, vaincu sur un champ de bataille, je préfère retisser les fils de ma vie ailleurs plutôt que de combattre en entraînant d'autres êtres chers avec moi dans ma chute. Il suffit déjà que ma femme ait perdu son statut et sa richesse. Pas d'autres victimes. Ilkitan, je partirai sans toi dans le Nord, je partirai rebâtir un Fort tandis que je te cède le flambeaux des Collins. Tes ancêtres seraient fiers de savoir qu'un homme tel que toi porte leur nom. Si tu arraches Collins aux mains de Mordave, prends bien garde de ne pas blesser notre petit-cousin, il n'est pour rien dans cette triste histoire. Si tu n'y réussis pas, n'oublie pas qu'un jeune seigneur en terres nordiques sera toujours heureux de t'accueillir. Je te souhaite d'atteindre ton but, ainsi ton fils Arkan aura-t-il un riche héritage.
Ce journal te revient désormais, à toi d'y raconter notre histoire.
Pour les évènements majeurs, consultez la frise du temps, section Depuis les origines.

Weyr de Nelva
Année de fondation : 87 AA
Signification du nom : une dizaine de chutes sont situées à proximité du Weyr et nelva veut dire eau
Fondateur : S'mael, initiateur du changement de nom (90) pour les chevaliers-dragons
Couleurs : rouge et brun terre
Forts vassaux : Isle-Rose, Corbeaux, Collins
Température moyenne : été - 28 - hiver - 23 -
Voir les effectifs du Weyr
Dès la création biogénérée des premiers dragons de Pern, il apparut essentiel de faire vivre les dragons et leurs maîtres dans un lieu qui leur serait agréable, à l'extérieur des Forts. Ainsi les chevaliers-dragons s'établirent dans le tout premier Weyr, celui de Mishtapek.
Le Weyr de Nelva fut le 3e dans l'ordre de fondation. Il fut ouvert en 87. Il devait protéger la région de Haut-Bois où se trouvaient Fort Collins et Fort-aux-corbeaux. Par la suite, le Fort d'Isle Rose se construisit sur le même territoire. Le Weyr protège aussi les ressources forestières qui sont la richesse de la région.
D'assez bonne taille, il n'est cependant pas parmi les plus grands Weyrs. Les Weyrs plus récents peuvent accueillir un plus grand nombre de chevaliers. Celui de Nelva a été agrandi au fil des années. En 1213, il compte 165 dragons, 5 reines et 21 jeunes dragons. Il accueille en plus, les réfugiés de Fort Collins.
Le Weyr est situé dans un volcan éteint à deux, voire trois, journées de marche du Fort Collins. Lors des Quêtes, le Weyr était très bien accueilli à Fort Collins jusqu'à ce que le venin des anti-chevaliers fassent son effet.
La direction est assurée par M'laky, chevalier du bronze Kyreth et par sa dame dragon Floralla, dame de la dorée Aerith.

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