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S'ron
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Dragon: Acantuth
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« le: 12 Juin 2010, 13:59:20 »

23.01.1213

Un frémissement agita la paupière couleur menthe lorsque la lumière de Ruckbat l’effleura, mais elle ne s’ouvrit pas pour autant. Au contraire, elle se scella un peu plus hermétiquement à sa compagne, tandis que sa propriétaire se blottissait contre le cuir bleu à côté d’elle. Un ronronnement de satisfaction endormi roula hors de la gorge d’Acantuth le temps que sa tête s’appuie autant sur l’antérieur de son compagnon de corniche que sur le sien et s’éteignit lorsque son esprit replongea dans les limbes du sommeil. Ruckbat pouvait étinceler autant qu’il le souhaitait, elle ne ressentait aucune envie de se réveiller. Le bien-être l’enveloppait comme si elle s’était trouvée dans du coton et il était hors de question qu’elle bouge ne serait que l’extrémité bifide de sa queue.

Au moment où sa verte se serrait un peu plus contre son voisin, sa présence se fit plus vive dans l’esprit de S’ron qui se sentit soudain bien plus conscient de ce qui l’entourait. Le matelas sous son corps, les draps et les fourrures au-dessus, et un autre corps chaud à côté. Avec un soupir d’aise et sans réfléchir plus, le chevalier-vert se blottit contre son compagnon de fourrure et posa sa tête au creux de son épaule. L’agréable torpeur qui enveloppait ses pensées et le bien-être qui rayonnait de sa dragonne par le lien qui les unissait, bien différent de sa mauvaise humeur des derniers jours, ne lui laissaient aucun doute sur ce qui s’était passé, quand bien même ses souvenirs auraient été un peu flous. Acantuth avait volé. Néanmoins, une fois n’était pas coutume, S’ron ne ressentait pas le besoin de savoir immédiatement qui avait remporté le vol. Il était bien, là, et il souhaitait juste en profiter.

Malheureusement, le sommeil ne l’entendait pas forcément de cette oreille et commençait, lentement mais sûrement, à se dissiper, si bien qu’au bout d’un moment – quelques secondes, quelques minutes, quelques heures même, pourquoi pas – le blondinet se résolut à bouger un peu. Juste un peu. Il s’écarta légèrement du chevalier qui partageait son lit, afin de pouvoir se redresser sur un coude sans le heurter et détailler son visage. Un hoquet de surprise manqua de lui échapper, qu’il maquilla en un simple salut.

« Bonjour D’kar. »

La présence du chevalier-bleu de Mishtapek ne lui déplaisait pas, bien au contraire. Simplement, c’était bien la première fois qu’Acantuth se laissa rattraper par un dragon qui avait déjà remporté un de ses vols.

(J’aime beaucoup Knigth) émit la petite verte, dans un ronronnement endormi, avant de se couler un peu plus contre le flanc bleu roi.

Un soupir de bien-être s’échappa des lèvres de S’ron, qui dessinèrent un léger sourire, tandis qu’il repoussait volontairement les questions fugaces que faisaient naître le commentaire de sa dragonne et la situation inédite. Ca n’avait pas franchement d’importance pour le moment, après tout.

« C’est la première fois qu’Acantuth laisse un mâle la rattraper une seconde fois, » murmura-t-il simplement.
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« Répondre #1 le: 14 Juin 2010, 03:04:36 »

Knigth avait vécu plusieurs mois aux Terres de Feu, mais sa mémoire de bleu avait complètement effacé de ses souvenirs Rukbat et ses rayons, aussi brûlants que des langues de feu. Il avait oublié que le soleil était particulièrement ardent au-dessus des roches roussâtres du Weyr, et laissa échapper un petit soupir de bien-être lorsque la lumière dorée caressa son dos bleu roi. Parfaitement détendu, et tout à fait disposé à dormir une ou deux heures de plus, le dragon replongeait dans les bras de Morphée quand un roucoulement attira son attention. Immédiatement, les souvenirs du Vol remontèrent à la surface. Comblé, le dragon ouvrit les yeux quelques secondes plus tard et leva légèrement la tête, pour regarder à nouveau sa compagne. Délicieuse, vraiment. Son cuir luisant de santé, ses courbes harmonieuses et sa tête racée lui conféraient une classe que beaucoup de femelles n’avaient pas. Il roucoula à son tour, tendrement, puis enroula sa queue autour du corps de sa verte, aussi loin que sa longueur le lui permettait, en laissant sa tête et ses paupières retomber.

(Rukbat vient de se lever, D’kar)

Il obtint un grognement mental en réponse. Il était clair qu’imiter Rukbat n’était pas dans ses intentions, au contraire. Tout en envoyant Knigth se faire paître, à l’aide d’un grondement silencieux de mauvaise humeur, D’kar attrapa la fourrure, qui avait glissé jusqu’à ses hanches, et la remonta par-dessus son épaule, tout en courant virtuellement derrière son sommeil en fuite. Il était bien, là, et estimait que seules l’explosion de Rukbat, la destruction complète de La Plaine suite à un tremblement de terre ou une Chute de Fils dans le coin étaient des raisons suffisantes pour abandonner son oreiller. Voir le soleil se lever, ce qu’il faisait tous les jours depuis des milliers voire des millions, si ce n’était des milliards, de révolutions, ne valait décidément pas la peine de quitter ce lit. Knigth attendit un peu, puis insista gentiment :

(Rukbat vient de se lever, D’kar)
(... Je me lève, je me lève)

Il souffla doucement par le nez puis s’obligea à ouvrir les yeux. Il faisait sombre dans le weyr, mais l’entrée était assez large pour laisser entrer la lumière, et les ténèbres se dissipaient rapidement. Après la nuit glaciale, le jour brûlant. Il faisait encore un peu frais, mais sous les fourrures, D’kar n’avait ni trop chaud ni trop froid. Il s’appuya sur un coude pour regarder son nouveau compagnon, en rassemblant les images éparses du Vol nuptial. Ce n’était pas la première fois qu’il partageait les fourrures de l’Occidental, et la coïncidence était finalement amusante. Statistiquement, ce n’était pas extraordinaire, mais c’était humainement et dragoniquement intéressant. Knigth ne couvrait pas une verte chaque fois qu’ils faisaient un saut aux Terres de Feu, et c’était la première fois qu’il attrapait deux fois la même dans ce Weyr.

"Bonjour, S’ron"

Il sourit, vaguement amusé, lorsque le chevalier-vert signala que c’était la première fois qu’Acantuth se laissait attraper à deux reprises par le même mâle. D’kar renonça à parler de statistiques – l’idée à retenir était que le pourcentage était faible, la petite verte avait plus de chances d’être attrapée deux fois par un mâle autochtone – et prit simplement S’ron dans ses bras, pour profiter de sa chaleur et de son odeur.

"Je suppose qu’on lui a plu, Knigth et moi"


Il adressa un sourire charmeur à l’Occidental, tandis qu’il caressait gentiment son dos.

"Est-ce que ça te pose un problème ?"
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« Répondre #2 le: 15 Juin 2010, 20:24:34 »

Le salut du chevalier-bleu, paisible et pas du tout surpris, cadrait parfaitement avec le bien-être que ressentait S’ron et le ronronnement endormi qui s’échappait de la gorge de sa dragonne pour accompagner son commentaire. Le blondinet avait décidé de faire taire sa surprise et les questions, dont il avait l’habitude et qui auraient pu prendre naissance sous son crâne s’il n’y avait pas fait attention, afin de profiter du moment et se sentait donc parfaitement bien, jusqu’à ce qu’il se rendre compte, un peu embarrassé, que sa remarque n’était peut-être pas des plus agréables pour son compagnon du moment. Heureusement, il ne parut pas s’en offusquer et l’Occidental n’eut pas besoin de se forcer pour lui rendre son sourire et se détendre, tandis que D’kar le prenait dans ses bras.

« On dirait bien, » répondit-il simplement, à la supposition de son interlocuteur.

(Knigth vole bien, appuya Acantuth, du même ton endormi que précédemment, et son maître est gentil.)

La petite verte était toujours blottie contre le flanc bleu roi du vainqueur de son vol et ne paraissait pas vouloir changer quoi que ce soit à la situation. Ses paupières n’avaient même pas frémi alors qu’elle donnait son avis sur la question et, si elle n’était plus tout à fait assez endormie pour ne pas être consciente des pensées de son maître, elle était plongée dans une agréable torpeur dont elle n’avait pas la moindre envie de sortir. Et rien de ce qui l’entourait, qu’il s’agisse du dragon à ses côtés qui rendait la corniche bien plus confortable ou des rayons de Ruckbat qui lui réchauffaient le cuir, ne l’incitait à résister et à se réveiller tout à fait. Même l’esprit de son chevalier était vide de toute question et ses sensations s’accordaient parfaitement aux siennes.

« Non, il n’y a aucun problème, » répondit d’ailleurs ledit chevalier, avec un nouveau sourire.

De toute façon, Acantuth choisissait le mâle qu’elle voulait – parce que c’était lui le meilleur en lice, comme elle le disait si bien – et ça ne posait jamais de problème. Enfin, presque jamais. Le seul petit souci c’était quand le mâle en question s’appelait Pyth et avait conféré l’Empreinte au frère de Théotime, mais ce n’était pas la peine d’y penser pour le moment. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes et ce n’était pas la peine d’évoquer des souvenirs pas désagréables mais toujours un peu gênants ou embarrassants. Et puis, de toute manière, osa rétorquer une petite voix sous le crâne de S’ron, ça n’aurait eu aucune espèce d’importance, même si Pyth avait encore une fois remporté le vol ; Théotime avait un compagnon à présent.

Pendant une fraction de seconde, le sourire du blondinet se crispa légèrement à cette pensée, mais il se détendit presqu’aussitôt, tandis que les mains de D’kar caressaient son dos. Ce n’était définitivement pas la peine d’y penser, et le chevalier-vert se concentra plutôt sur son compagnon en laissant doucement ses doigts courir sur l’épaule plus le torse du Tapekien. Le nombre de ses amants en dehors des vols nuptiaux se comptaient sur les doigts d’une seule main et il n’avait pas vraiment l’habitude des câlins post-vol, mais la situation ne lui déplaisait pas pour autant. En fait, c’était peut-être l’état d’esprit de sa dragonne qui rejaillissait sur lui, mais il avait la fâcheuse et déconcertante envie de se blottir contre son compagnon de fourrure.

« Acantuth fait toujours de bons choix, » conclut-il à voix basse.
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« Répondre #3 le: 25 Juin 2010, 21:08:04 »

Ce n’était pas la première fois, et sans doute pas la dernière, que D’kar ouvrait les yeux dans un weyr qui n’était pas le sien, aux côtés d’un homme ou d’une femme qui le connaissait à peine, avec un bleu et une verte roucoulant non loin de l’entrée – sans dire que cette situation faisait partie de son quotidien, elle n’était pas assez surprenante pour le forcer à abandonner le cours habituel de ses réflexions. Tandis que ses bras se refermaient autour du doux corps de S’ron, ses pensées vagabondaient vers les activités de la journée, les classant par ordre chronologique, puis par ordre de durée, et enfin par ordre d’importance, comme chaque matin. S’il supprimait la séance aux Archives, longue mais pas franchement indispensable, et baignait Knigth avant le dîner au lieu de le faire en milieu de matinée, il avait le temps de s’attarder aux Terres de Feu. Son bleu s’abstint de tout commentaire, mais le chevalier sentit que cette décision l’enchantait. Il devait être heureux de se trouver dans une région si chaude, sous un soleil si ardent, en si charmante compagnie. Confort et sexe, le duo gagnant.

D’kar songea qu’il se trouvait à la même enseigne que son dragon, et s’en amusa. S’il n’avait pas trouvé les températures idéales, la couche moelleuse et le chevalier-vert à son goût, il ne se serait pas rapproché de son partenaire, au point de le prendre dans ses bras, signalant ainsi qu’il comptait rester un peu plus longtemps. Il gardait un excellent souvenir de leur étreinte, et de la précédente, mais appréciait également ce câlin tout simple, juste affectueux, juste tendre, à sa juste valeur. Il aimait bien S’ron, et ne voyait aucun inconvénient à rester un moment à ses côtés. Comme son partenaire ne semblait pas gêné ou fâché par son initiative, au contraire, le chevalier-bleu s’installa un peu plus confortable et resserra légèrement son étreinte, avant de presser sa joue contre les cheveux blonds de son collègue. Il avait plutôt intérêt à profiter de ce moment, car une telle manœuvre n’était pas possible en dehors des fourrures. Comme beaucoup d’hommes, pour ne pas dire tous, à quelques exceptions près, l’Occidental dépassait son misérable mètre soixante-six. Une fois hors du lit, le chevalier-bleu pourrait au mieux appuyer sa joue contre la mâchoire de son amant et au pire se sentir ridicule. Il n’essayait pas particulièrement de défendre sa virilité, mais le fait d’être plus petit que tous les verts de Mishtapek l’agaçait parfois un peu. Il n’aimait pas qu’on le prenne pour un gamin, ou qu’on ne le prenne pas au sérieux.

Il laissa un agréable silence s’installer, quelques secondes, avant de se demander comment le rompre. Il avait déjà échangé des banalités avec le vert, la dernière fois qu’ils avaient couché ensemble – ils avaient parlé des Escadrilles et cuisine, il s’en rappelait bien – et devait donc passer à d’autres sujets. Quelque chose de plus personnel, peut-être.

"Je n’ai pas coupé l’herbe sous le pied d’un de tes prétendants, j’espère ?"

Il caressa à nouveau le dos du chevalier.

"Ils étaient mieux, les chevaliers de Brigham ?"
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« Répondre #4 le: 02 Juillet 2010, 01:18:05 »

Comme tous les dragons, Acantuth n’avait qu’un seul chevalier et, si elle était capable, de temps à autre, de sentir avec plus ou moins d’exactitude l’état d’esprit de certains humains particulièrement sensibles aux sentiments de ses semblables, elle était bien évidemment incapable de partager leurs pensées. Mais si elle avait pu suivre le cours de celles de D’kar, elle se serait certainement sentie aussi ravie que son compagnon de corniche. Elle était bien là, avec les rayons de Ruckbat qui lui chatouillaient agréablement les paupières et lui réchauffaient le cuir malgré l’aile bleu roi qui lui recouvrait le dos, avec la queue de la même teinte qui s’était enroulée autour d’elle et, surtout, le flanc contre lequel elle était blottie. Elle était bien et elle n’avait pas la moindre envie de bouger ou, d’ailleurs, de voir bouger son congénère. En dehors des suites de ses vols, elle ne partageait jamais sa corniche avec un autre dragon – exceptés ceux dont les maîtres venaient rendre visite à S’ron – mais elle ne trouvait rien à redire à la situation présente.

Tout comme son chevalier, d’ailleurs. Le blondinet n’avait pas pour habitude de partager ses fourrures en dehors des vols de sa verte – ça ne lui était arrivé qu’un nombre très réduit de fois – et, s’il n’avait jamais chassé manu militari aucun de ses amants, il ne prolongeait en général pas non plus le moment post-vol pendant des heures. En général les amants en question étaient soit des amis soit de simples connaissances et il échangeait avec eux quelques banalités sur la pluie et le beau temps ou sur leurs amis communs avant que chacun ne rentre chez lui et ne retourne à ses petites occupations. Sauf qu’il avait déjà échangé des banalités avec D’kar la dernière fois. Et que la présence du chevalier-bleu, ses caresses et le silence qui s’installait n’avaient strictement rien de désagréable et que S’ron ne voyait aucun inconvénient à les prolonger un peu.

Néanmoins, la question de son partenaire ne le dérangea pas pour autant, même si elle rompait le silence tout en abordant des sujets un peu moins généraux que les banalités habituelles. Le chevalier-vert se sentait trop bien pour s’en offusquer – quand bien même ça aurait été dans son caractère, ce qui n’était pas le cas – et se contenta de répondre avec un semblant de petit rire.

« Oh non, ce n’est pas le peine de t’inquiéter. Je n’ai pas de prétendants. »

L’idée lui paraissait même plutôt absurde, même si elle aurait certainement plu à Dorefa. Il n’avait jamais eu de prétendants ou cherché à en avoir puisque le seul après qui il avait soupiré, c’était Théotime. Parmi tous les chevaliers qu’il avait croisés ou qui participaient aux vols d’Acantuth, aucun n’avait de statut spécial, qu’ils soient de Brigham ou d’ailleurs.

« Mieux ? répéta donc le blondinet avec un brin de surprise. Ils étaient sympas et de compagnie agréable, les Brighois, c’étaient des amis. Comme ceux des Terres de Feu ou de Nelva. »

Il laissa ses doigts continuer de courir sur le torse de D’kar, avec un léger sourire.

« Et j’imagine qu’ils ne sont pas très différents à Mishtapek, si ? »

En tout cas, le maître de Knigth, lui, ne paraissait pas contredire cette affirmation, même s’il n’était pas un Tapekien de souche, puisqu’il était passé par les Terres de Feu et plusieurs autres Weyrs, s’il se rappelait bien leurs discussions sur les mérites comparés des différentes organisations des Escadrilles à travers Pern.
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« Répondre #5 le: 09 Juillet 2010, 01:53:51 »

D’kar ne trouva aucune explication convenable à la bouffée de satisfaction qui accompagna le « Je n’ai pas de prétendants » de S’ron. Ce n’était pourtant pas une nouvelle réjouissante. L’Occidental était absolument charmant et méritait une horde de soupirants, bruns, bleus et même verts. Il était jeune et le Tapekien était surpris que son cœur n’appartienne à personne. Tous les chevaliers-verts de son âge avaient des espoirs, un béguin ou un favori, lorsqu’ils n’avaient pas tout simplement un compagnon dans leur weyr. C’était étrange, que le maître d’Acantuth soit seul, sans amant et sans objectif amoureux. Il était agréable à regarder pourtant. Son visage était doté de traits fins et harmonieux, ainsi que de deux beaux yeux bleus, en parfait état de marche. Il avait un corps bien fait, délicatement musclé, marqué de cicatrices qui prouvaient qu’il était prêt à verser son sang pour la bonne cause, et se débrouillait plutôt bien sous les fourrures. Voire même bien, ou très bien, mais les performances des verts étaient souvent difficiles à estimer pendant les Vols nuptiaux.

Bref.

Non content d’avoir un joli corps, il était également maître d’un très bon caractère et D’kar ne voyait décidément pas le défaut qui l’écartait de la course. Ce n’était pas faute de chercher pourtant, du bout des doigts, qui effleuraient toujours l’épiderme de S’ron, et du bout de l’esprit, qui rassemblait tous les souvenirs qu’il possédait du chevalier-vert. Il ne voyait pas, décidément. Et cela piquait sa curiosité. Une part de son être voulait s’attarder dans ce Weyr, dans ce weyr, sous ces fourrures, contre ce chevalier, pour en savoir plus. Il insista un peu. Si S’ron n’avait pas de compagnon aux Terres de Feu, c’était peut-être parce que les Brighois, les chevaliers de son Weyr d’origine, étaient mieux ?

Mais non, ils n’étaient pas mieux. A nouveau, un sentiment de victoire irraisonné et irraisonnable se glissa parmi les pensées ordonnées de D’kar, bousculant ses habitudes. Ce chevalier-vert l’intéressait. Vraiment. Il était bien à côté de lui et se surprenait à imaginer d’autres jours comme celui-ci, au calme, le matin, dans les bras l’un de l’autre, échangeant des caresses, de la sérénité et des banalités. Agréable programme.

"Je ne sais pas. Je ne suis pas passé par Brigham. Mais tous les chevaliers sont un peu les mêmes, effectivement"

Il ricana un peu.

"Sauf les Occidentaux. Les Occidentaux ont une réputation à défendre"

Il relâcha son étreinte et se redressa en prenant appui sur un coude. Ses yeux bleu marine étincelaient, et semblaient incroyablement clairs comparés à leurs teintes habituelles.

"Je te trouve différent, toi, en tous cas. Sais-tu que ta compagnie est très agréable ?"
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« Répondre #6 le: 11 Juillet 2010, 20:05:26 »

S’ron n’avait strictement aucune idée de ce que ses réponses, toutes simples, pouvaient faire naître comme sentiments et comme interrogations dans l’esprit de son compagnon du moment. En temps normal, il n’avait aucun soucis pour se poser toutes sortes de questions sur tout un tas de sujets, analyser et décortiquer tous les mots prononcés par ses interlocuteurs, deviner toutes sortes de sens cachés – et souvent erronés – et imaginer que les autres faisaient de même. Mais, une fois n’est pas coutume, le chevalier-vert ne faisait rien de tout ça. Il était allongé aux côté de D’kar et profitait simplement du moment, du bien-être qui les enveloppait, lui et sa dragonne, et de la présence du chevalier-bleu sans se tortiller les méninges. Finalement, c’était très agréable et très reposant de se contenter de répondre aux questions qui lui étaient posées.

Un sourire se dessina donc sur les lèvres du blondinet lorsque le Tapekien lui répondit qu’il ne savait pas si les chevaliers de son Weyr étaient identiques aux Brighois mais qu’il n’y avait probablement pas de grandes différences, et il ébaucha un hochement de tête silencieux pour l’approuver, tandis que ses doigts continuaient à se promener sur le torse de son interlocuteur. Ils s’immobilisèrent néanmoins quand D’kar déclara que les Occidentaux étaient différents, eux, et le regard bleu ciel de S’ron se para une petite lueur interrogative, tandis qu’il accrochait celui, un peu plus sombre, de son interlocuteur qui se redressait. Même s’il n’était pas né aux Terres de Feu, il se sentait maintenant plus Occidental que Brighois, mais il ne lui semblait pas pour autant avoir changé depuis son transfert – à part le fait qu’il avait appris que Théotime avait un compagnon et donc décidé de renoncer à soupirer après lui. Les Occidentaux avaient une réputation de chevaliers durs à la tâche, mais ça ne les empêchaient pas d’être sympathiques et d’agréable compagnie. Ils n’étaient pas différents des autres…

Même si D’kar déclarait que lui l’était et que sa compagnie était très agréable.

Surpris par cette déclaration, S’ron n’eut même pas le temps de formuler consciemment la pensée que c’était dommage que son compagnon de fourrure ait décidé d’interrompre ses caresses parce qu’elles étaient bien agréables, et ses pommettes prirent une étrange couleur rosée. Pas assez soutenue pour qu’il ait l’impression qu’elles gagnaient quelques degrés de température, mais suffisamment pour qu’il en ait conscience.

« Non, je ne savais pas, » répondit d’abord le blondinet.

Il décida d’ignorer résolument son impression d’avoir les joues un peu trop rouges et de continuer la conversation comme si de rien n’était. Le compliment de D’kar était totalement inattendu, mais ça n’empêchait pas de le remercier pour autant. Et de le rectifier, dans la foulée.

« C’est gentil, mais je ne pense pas qu’elle soit plus agréable que celle des autres chevaliers. Je crois que j’ai même tendance à inquiéter mes amis pour rien, tu sais, » avoua-t-il finalement.

Et ce n’était certainement pas agréable de s’inquiéter pour rien, n’est-ce pas ?
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« Répondre #7 le: 19 Juillet 2010, 23:42:38 »

D’kar avait passé assez de temps auprès de chevaliers blonds et de dames aux crinières couleur blé, en particulier au Weyr d’Iristel, pour savoir que leur peau était une horrible traîtresse. Contrairement aux peaux des bruns, souvent tannées par le soleil, elles rougissaient volontiers sous Rukbat ou sous le coup de l’émotion, comme pour excuser leur pâleur naturelle et la teinte claire des cheveux et poils qui les couvraient. Il dissimula son amusement de son mieux lorsque les pommettes de son compagnon adoptèrent une couleur plus vive. C’était vraiment adorable. Obéissant à une impulsion, il entremêla ses doigts dans le dos du chevalier-vert, au creux de ses reins, sans le quitter des yeux, guettant ses réactions. Il était bien, juste bien. Il appréciait son contact, sa chaleur, sa voix, son absence complète d’attaches sentimentales et sa modestie naturelle. S’ron était... à son goût, en un mot.

"C’est comme ça qu’on reconnait ses proches. Ils s’inquiètent toujours pour nous, même lorsque tout va bien dans notre vie"

Il embrassa le chevalier sur le front, puis sur l’arcade sourcilière, avant de descendre au coin de ses lèvres. Sur la corniche, Knigth frotta sa joue contre l’épaule d’Acantuth, tendrement. D’kar constata avec plaisir que les pensées de son dragon et les siennes continuaient à converger dans le même sens. Tous deux étaient avides de contact et de caresses, de la part de leurs partenaires respectifs, et ne souhaitaient pas s’en aller, pas avant un long moment. Ces désirs étaient sans doute un peu ridicules, mais le chevalier n’avait pas envie d’y penser.

"Je suis bien, avec toi. Je crois que je t’aime bien"


Il posa son front sur le sien.

"Je crois même que tu me plais"


Il lâcha l’Occidental, et s’assit en tailleur à côté de lui, les coudes appuyés sur ses genoux.

"Pardon, je suis peut-être trop direct ? Je ne suis pas du tout au fait, pour ces choses-là"
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« Répondre #8 le: 23 Juillet 2010, 02:04:24 »

Si S’ron avait su que la couleur de ses joues amusait son le chevalier-bleu, celle-ci aurait eu toutes les chances de s’accentuer un peu. Ce n’était pas parce qu’il avait décidé de l’ignorer pour se concentrer sur le moment présent et la conversation en cours qu’il pouvait véritablement faire comme si de rien n’était. Même s’il était loin d’avoir l’impression que ses pommettes étaient prêtes à faire cuire un plat de tubercules, ce n’était pas pour autant très agréable de savoir qu’elles offraient une teinte plus soutenue que d’ordinaire. C’était le meilleur moyen de donner à son interlocuteur accès à ses sentiments et à ses émotions, qu’il s’agisse de gêne ou de plaisir ou de quoi que ce soit d’autre. Enfin, ce n’était pas comme s’il avait quelque chose à cacher au bout du compte… et heureusement puisqu’il eut l’impression que son rosissement s’accentuait un peu lorsque les doigts de D’kar entrèrent de nouveau en contact avec la peau de son dos. C’était agréable. Et il était bien, là, lui aussi.

« Sans doute, répondit donc le chevalier-vert, tandis que ses doigts retrouvaient la peau des épaules du Tapekiens qu’ils avaient quittée quelques instants plus tôt. Mais je préfèrerais tout de même qu’ils ne s’inquiètent pas pour rien. »

Et même qu’ils ne s’inquiètent pas tout court, même pour quelque chose, mais si le blondinet avait eu l’intention de le préciser à voix haute, le contact des lèvres du chevalier-bleu sur son front l’empêcha de le faire. Il eut l’impression qu’un tressaillement agitait sa peau, mais n’eut pas le temps d’y penser avec plus d’attention puisque D’kar l’embrassait au coin des lèvres et un sourire se dessina sur son visage au moment où Acantuth soulevait une paupière et émettait un ronronnement de bien-être à l’attention de son congénère. Elle leva la tête de l’antérieur de Knigth et, tout en restant bien blottie contre le flanc bleu-roi, frotta son chanfrein contre l’encolure du dragon. Si la petite verte était coutumière des contacts et des caresses post-vol avec le mâle qu’elle avait choisi, son chevalier n’en avait pas vraiment l’habitude. Il n’avait jamais jeté son partenaire hors du weyr nuptial mais ne prolongeait pas pour autant les moments de réveil au-delà des simples échanges de banalités. Mais, étrangement, il était bien et il n’avait aucune envie de mettre fin aux caresses du chevalier-bleu… qui n’était apparemment pas si mal, lui non plus.

Cette fois les joues de S’ron rougirent pour de bon – et la pensée consciente à présent qu’il était dommage que le Tapekien le lâche ne fit rien pour arranger les choses – et il secoua la tête en signe de dénégation.

« Ne t’excuse pas, émit-il en prenant appui sur un coude pour se redresser à moitié. Je ne suis pas très au courant non plus, tu sais. »

Pas du tout, même. Alors, autant être direct, non ? C’était certainement bien plus simple. Et ce n’était pas désagréable, loin de là.

« Je suis bien aussi, avoua le blondinet avec un sourire. Et je t’aime bien également. »

Ce qui n’était pas trop difficile, étant donné qu’il aimait bien tout le monde ou presque. La suite, par contre, n’était pas si simple, et le chevalier-vert fronça une seconde les sourcils et se mordilla un instant la lèvre inférieure, comme s’il réfléchissait, avant de lever le nez pour regarder D’kar.

« Peut-être que tu me plais aussi, » termina-t-il à mi-voix.

Ce n’était pas comme avec Théotime, mais rien n’était comme avec Théotime de toute manière. Le chevalier-bleu ne faisait pas battre son cœur comme l’avait fait l’éleveur, il ne se sentait pas gauche et maladroit comme la première fois qu’il avait essayé de parler à son ancien camarade de candidature, dans la Grande Salle à Brigham, et, même s’il rougissait un peu, il était loin de l’incapacité de prononcer un mot qui l’avait saisi quatre révolutions plus tôt. Mais il était bien, là, avec D’kar, les centaines de questions qui lui tournaient sans cesse sous le crâne et d’autant plus vite que le Nelvien était dans les parages semblaient s’être volatilisées… et il n’avait pas envie que le chevalier-bleu quitte ses fourrures si vite. Il ne savait pas pourquoi et c’était sans doute stupide, mais il n’avait pas non plus envie d’y réfléchir pour le moment.

(Knigth me plaît) déclara Acantuth à brûle-pourpoint en faisant courir son museau clair sur l’encolure du mâle jusqu’à son garrot, où elle le posa entre deux crêtes avant de souffler doucement sur le cuir bleu.

Un nouveau sourire étira les lèvres de S’ron et il se redressa complètement pour se retrouver assis face au chevalier-bleu.

« Tu n’es pas obligé de partir tout de suite, si tu veux rester un peu, » murmura-t-il en posant doucement une main sur l’épaule de D’kar, juste à la base du cou.

Acantuth faisait clairement comprendre à son congénère qu’elle n’avait pas envie de le voir partir tout de suite. Pourquoi pas lui ?
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« Répondre #9 le: 28 Juillet 2010, 16:20:49 »

Les Occidentaux débutaient tous leur journée aux aurores mais certains étaient plus matinaux que d’autres. Une part de Knigth, convertie aux horaires de Mishtapek, voulait se rendormir contre Acantuth, mais une autre était irrésistiblement attirée par le ballet aériens des dragons des Terres de Feu. Bronze, bruns, bleus et vertes se préparaient pour l’entraînement du jour, sous les premiers rayons de Rukbat, superbes et altiers. Knigth souffla doucement sur le cou de sa compagne puis leva la tête et examina les mâles qui se posaient sur les Crêtes de Feu. Ses sens étaient comblés mais sa raison chuchotait que ce moment de grâce serait éphémère. Leurs devoirs respectifs les sépareraient sans doute, dans quelques heures, ou dans quelques minutes, mais c’était sans importance pour le bleu – car ils se retrouveraient dans quelques septaines ou dans quelques périodes. Il l’avait déjà attrapé deux fois et l’attraperait à nouveau, sous le nez des Occidentaux bravaches, pour profiter une deuxième fois du soleil à ses côtés.

(Dans quelques jours, tu auras oublié)
(Vous me le rappellerez)
(Je n’y manquerai pas)

D’kar se demanda si Knigth serait effectivement capable de couvrir Acantuth une troisième fois. Ils vivaient loin des Terres de Feu et ne seraient peut-être pas présents lorsque la verte prendrait de nouveau son envol – et même s’ils étaient sur place, le chevalier n’oubliait pas que chaque vol nuptial était une partie dans un vaste jeu de hasard. Un dragon en bonne santé, vigoureux, bien entraîné et apprécié par la dragonne avait toutes ses chances, mais la venue d’un concurrent plus grand, plus habile, ou tout simplement plus chanceux, pouvait complètement changer la donne. Sans compter qu’Acantuth n’était pas prête à reprendre son envol. Knigth serait obligé d’attendre trois mois au moins et cinq au plus avant de renouveler son exploit.

Il ne bougea pas lorsque S’ron posa sa main au creux de son cou. Il aurait du frissonner, mais n’en fit rien. Ses yeux sombres restèrent plongés dans ceux du chevalier-vert, très clairs, tandis qu’il levait la main à son tour, pour effleurer la ligne de la mâchoire du blondin. Ses doigts glissèrent jusqu’au menton, qu’ils attrapèrent, avant de changer d’avis et d’effleurer la joue du chevalier. Il inclina la tête et pressa simplement ses lèvres contre les siennes, avant de l’embrasser avec un peu plus de passion. Mais quelques secondes plus tard, il mit fin à ce baiser et chercha ses vêtements du regard. Il était décidément plus que temps qu’il mette un terme à cette récréation, même si la proposition du chevalier-vert était plus que tentante.

"Je dois vraiment y aller, j’ai une journée très chargée, et les entraînements des Terres de Feu vont bientôt commencer. Mais je te propose de remettre tout ça à ce soir, qu’est-ce que tu en penses?"

Il attrapa ses mains et insista :

"On pourrait se voir, de temps en temps. Pas tous les jours, non, mais par exemple un jour sur deux. Qu’est-ce que tu en dis ?"
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« Répondre #10 le: 14 Août 2010, 21:38:07 »

Si D’kar ne frémit pas sous les doigts du blondinet, celui-ci tressaillit légèrement lorsque la main du chevalier-bleu se posa sur sa joue. Il ne détourna toutefois pas les yeux et ne se déroba pas au regard du Tapekien, savourant la caresse sans rien dire. La pensée l’effleura que ce n’était pas normal, pas habituel, que le simple contact des doigts de son partenaire d’un vol sur sa joue ou celui de sa peau sous les siens lui plaise tant, puisque ledit vol était terminé justement et que les hormones d’Acantuth le laissaient en paix, mais il la repoussa fermement. Il n’avait pas les nerfs à fleur de peau comme pendant les chaleurs de sa dragonne, mais il appréciait vraiment beaucoup la compagnie et le contact du chevalier-bleu, et il n’avait pas envie de se poser plus de questions pour l’instant. La petite verte profitait de la chaleur prodiguée par les rayons de Ruckbat et se blottissait avec plaisir contre le flanc bleu roi, sans songer à autre chose qu’à profiter du moment présent. Il avait tout à fait le droit d’en faire de même, n’est-ce pas ?

(Oui) assura Acantuth, d’une voix mentale qui s’apparentait plus à un soupir de bien-être qu’à autre chose.

Le coin des lèvres de S’ron frémit, comme un sourire faisant écho aux sentiments de sa dragonne commençait à les étirer, mais le baiser du chevalier-bleu l’arrêta. Le blondinet savoura un instant la pression de la bouche de son camarade sur la sienne, pleinement conscient de la satisfaction qu’il ressentait devant ce qu’il prit pour une réponse affirmative à sa proposition, mais sans savoir réellement ce qui en était la cause. Il n’avait pas pour habitude de jeter ses amants hors de sa couche après les vols nuptiaux, mais il ne les invitait pas non plus à rester et, en général, il finissait bien vite par leur rappeler les devoirs qui les attendaient et qui nécessitaient donc qu’ils quittent les fourrures rapidement. Il n’avait donc aucune raison d’être déçu que le D’kar mette si vite fin au baiser et commence à chercher ses vêtements du regard, n’est-ce pas ? Sauf que, inexplicablement, il l’était.

Le chevalier-vert retint de justesse le soupir de déception qui lui gonfla brièvement les poumons et se contenta de hocher la tête aux paroles de D’kar. Oui, les entraînements aux Terres de Feu allaient bientôt commencer, en effet. Oui, il devait certainement vraiment partir, c’était logique. Oui… il proposait de revenir le soir ? Pour le coup, la déception laissa place à la surprise, et S’ron écarquilla légèrement les yeux en dévisageant son interlocuteur. Il n’eut même pas le temps de réfléchir à quelque chose à répondre ou d’analyser le sentiment qui succédait immédiatement à la surprise – de la joie ? de la satisfaction ? – que le chevalier-bleu lui prenait les mains et insistait.

« Je… »

Si cette discussion avait eu lieu quelques périodes plus tôt ou s’il avait décidé de se montrer raisonnable ou de se poser tout plein de questions dès son réveil, comme il en avait l’habitude, le blondinet aurait certainement cherché à répondre par la négative. Mais, là, il n’avait pas envie de se poser de questions. Il n’avait pas envie que D’kar s’en aille si vite, et il voulait bien le revoir le soir-même.

« J’en dis que ça me ferait plaisir que tu reviennes ce soir, affirma donc le blondinet avec un sourire, avant de reprendre, un poil plus hésitant. Et de temps en temps aussi… peut-être… »

Un jour sur deux, c’était peut-être aller un peu vite en besogne, non ? Quoique… il allait peut-être déjà trop vite, là. Il aimait bien le Tapekien, indubitablement ; il lui plaisait, peut-être… sûrement… L’image de Théotime traversa brièvement l’esprit de S’ron mais il la repoussa immédiatement. D’kar n’était pas Théo, c’était indiscutable, mais c’était également indiscutable qu’il se sentait bien près du chevalier-bleu et qu’il ne voyait aucun inconvénient à le revoir – au contraire, il en avait envie. Alors, coque !, pourquoi pas ? Les conseils de Dorefa, ses propres résolutions, ses expériences précédentes hors vol – dont la nuit avec Zeke, quelques jours plus tôt – se succédèrent vivement sous son crâne mais il les balaya quasiment instantanément. Il avait envie de revoir D’kar et voilà. Le reste… le reste, il en parlerait peut-être plus tard au chevalier-bleu, en partie – ou pas du tout – mais pour le moment, ça ne comptait pas.

« Oui, reprit donc l’Occidental, le sourire aux lèvres maintenant que sa décision était prise, je veux bien qu’on se revoie ce soir. »

Il posa brièvement ses lèvres sur celle de son vis-à-vis, comme celui-ci l’avait fait quelques instants plus tôt, avant de repousser ses fourrures pour se lever et récupérer ses vêtements. Du coin de l’œil, il vit D’kar en faire autant, et il sourit de nouveau en constatant que, sur la corniche, Acantuth était maintenant bien réveillée et qu’elle éprouvait le même déplaisir à laisser partir le dragon bleu qu’il en avait à quitter le maître. Le blondinet haussa toutefois mentalement les épaules, suffisamment et étrangement ragaillardi par la perspective du soir pour tâcher de ne plus y penser. Une fois qu’ils furent prêts – l’un à rentrer chez lui et l’autre à aller prendre son petit déjeuner – il salua le Tapekien, et lui et sa verte regardèrent leurs deux invités prendre leur vol avant d’attaquer leur journée.
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